L'émigration vers la Nouvelle-France

36 émigrants du Vairais partis en Nouvelle-France au XVIIe siècle

 

Au XVIIe a été écrite une extraordinaire page d'histoire de notre région : l'émigration vers la Nouvelle-France. Ces émigrants quittent le Vairais, leurs familles et leurs amis pour aller vivre dans des contrées lointaines et inconnues. Ils contribuent ainsi à la naissance d'une nouvelle nation, le Canada et plus particulièrement le Québec. Ils ont fait de Saint-Cosme-en-Vairais l'un des trois principaux foyers d'émigration du Perche (après Mortagne-au-Perche et Tourouvre) et le second du département de la Sarthe après La Flèche.

 

Qui sont ces émigrants ?

 

L'histoire des émigrants du Vairais est rattachée à celle de l'émigration percheronne. Entre 1621 et 1699, 305 Percherons sont partis en Nouvelle-France. Bien que ne représentant qu'environ 5% de l'émigration française vers le Québec, ils font partie des premiers colons de la belle province et constituent ainsi le fondement du peuplement de la Nouvelle-France. La plupart sont restés, seuls 20% ont choisi de rentrer au pays. De 1644 à 1662, 36 personnes sont parties du Vairais. Elles représentent 5 familles avec enfants et 19 célibataires (dont 3 frères et sœurs). Leur moyenne d'âge est d'un peu plus de 23 ans. Ce sont tous des gens modestes. Ils sont paysans, charpentiers, meuniers, boulangers, bouchers ou tailleurs d'habits. Ils habitaient les paroisses de Saint-Cosme-de-Vair, Notre-Dame-de-Vair ou Champaissant au moment de leur départ, mais certains sont nés parfois dans des paroisses voisines comme Contres, Saint-Pierre-des-Ormes, Igé ou Pouvrai.

 

Ces émigrants s'appellent GASNIER, BOUCHARD, FORTIN, ROCHERON, ROUILLARD, BISSON, ROULOIS, LEREAU, MAUFAY, DODIER, CHAVIN, LHOMME, ROYER, GAULIN, BOULARD ou GARNIER. Tous ces pionniers ont fait souche de l'autre côté de l'Atlantique, aucun n'a fait le choix de rentrer. Leurs noms sont encore présents en Amérique du Nord avec leurs centaines de milliers de descendants vivant au canada ou aux Etats-Unis, même si l'orthographe a parfois changé. Ainsi le nom ROCHERON est devenu ROCHON, LEREAU a parfois été transformé en LHEUREUX. Les descendants de François GARNIER vivant dans l'Etat du Maine aux Etats-Unis s'appellent GRENIER.

 

Pourquoi sont-ils partis ?

 

Les motivations de ces pionniers pour tenter une telle aventure sont diverses : recherche d’une vie meilleure pour les uns, alors que la population de nos régions est régulièrement victime de famines, de disettes ou d’épidémies (comme la peste de 1627-1628 à Contres), goût de l’aventure pour les autres. Toujours est-il que c'est à l’initiative de Robert GIFFARD, médecin-apothicaire de Mortagne-au-Perche, que 36 personnes partent des paroisses de Saint-Cosme-de-Vair, Notre-Dame de-Vair, Champaissant et Contres vers la Nouvelle-France.

 

Robert GIFFARD est parti pour le Canada en 1621. Rentré en France en 1627, il repart en 1634 après que le traité de Saint-Germain-en-Laye ait restitué le Canada à la France au détriment des Anglais. Il obtient la seigneurie de Beauport de la part de la Compagnie des Cent-Associés (appelée aussi Compagnie de la Nouvelle-France, elle est fondée par Richelieu en 1627 pour la colonisation de la Nouvelle-France). Robert GIFFARD recrute alors des colons percherons. C'est ainsi qu'il tient des réunions à l’Auberge du Cheval Blanc (actuellement 100 rue Nationale) à Saint-Cosme-de-Vair pour convaincre des personnes de partir. Parmi elles, certaines signaient un contrat d'engagement de trois ans. Ce fut le cas de Simon et Gervais ROCHERON en 1657 et de Jean GAULIN en 1660. Ce contrat était fait devant un notaire (souvent à Tourouvre). L'engagé se voyait offert la traversée, il recevait un salaire de 50 à 75 livres par an, il était nourri et logé. A l'issue des trois ans, deux options s'offrait à lui. Soit il rentrait en France auquel cas le voyage du retour lui était offert. Soit il restait en Nouvelle-France et obtenait une terre en concession. Ceux qui ne signaient pas de contrat d'engagement, devaient effectuer le voyage à leurs frais.

 

 

Où ont-ils embarqué ?

 

Les colons partis pour la Nouvelle-France pouvaient embarquer de différents ports français de la Manche ou de l'Atlantique, les deux principaux étant La Rochelle et Dieppe. Pour la plupart, il est difficile de connaître leur port d'embarquement et encore plus le navire sur lequel ils ont voyagé. Parmi les 36 personnes partis du Vairais, nous ne connaissons le port d'embarquement et le navire (pas toujours de façon certaine) que pour 15. En 1644, Louis GASNIER est le premier à partir avec sa femme et sa fille. Ils embarquent à La Rochelle sur « Le Saint-Clément » ou sur « La Vierge ». Entre le mois de juillet et de septembre 1650, Gervais BISSON, Claude BOUCHARD et Julien FORTIN embarquent dans le port de Dieppe. Or, au cours de cette période trois navires sont partis à destination de Québec : « Le Saint-Jean », « Le Chasseur » et « Le Cardinal ». Le second navire étant celui de Robert GIFFARD, il est fort probable qu'ils aient voyagé à bord du « Chasseur ». En 1653, Pierre GASNIER et sa famille, ainsi que Charles POULIOT, ont embarqué à Dieppe, peut-être à bord du « Patriarche Abraham ». En 1657, deux frères et une sœur (Simon ROCHERON, Gervais ROCHERON et Marie ROCHERON) ont traversé l'Atlantique à bord du bateau « Le Saint-Sébastien » après être partis de La Rochelle.

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" Du Vairais au Québec : histoire d'une émigration au XVIIe siècle "
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